Dans la peau d’un garde royal à Séoul

Un intrus se cache sur ces photos, sauras tu le retrouver?

garde royal garde royal Alors? Toujours pas?

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Pas facile? Avec le chapeau baissé, une fausse barbe et un air sérieux (cela change de d’habitude) … oui il s’agit bien de… moi! À droite sur les premières photos. Alors non, je n’ai pas changé radicalement de vie et ce n’est pas un nouveau job. J’ai juste signé pour une relève, en tant que « Chamha » Vice-commandant de la garde royale, au palais de Deoksugung à Séoul.

Devenir garde royal au palais de Deoksugung à Séoul

La cérémonie de relève de la garde royale au palais de Deoksugung s’effectue trois fois par jour depuis 1996, attirant de nombreux touristes internationaux. On fait difficilement plus facile d’accès: le palais est situé juste à côté de la mairie, en plein coeur de Séoul. Depuis l’année dernière, la municipalité a mis en place un programme spécial auquel les touristes peuvent prendre part, en se mettant dans la peau d’un garde royal, le temps d’une cérémonie. Plutôt que d’être simplement spectateur, on devient acteur, quoi de mieux pour s’immerger dans la culture d’un pays? Et ce, d’autant plus que ce programme est gratuit et ouvert à tous les étrangers, quelle que soit le but premier de leur séjour en Corée.

  • Pour plus d’informations: Le programme officiel devenir un garde royal
  • Pour participer, il faut par contre s’y prendre longtemps en avance, il n’y a que deux places par cérémonie et elles partent comme des petits pains. Personnellement, c’était la seule journée que j’avais vraiment planifiée.  

    Incertitudes

    J’ai bien failli manquer cet événement. Normalement, on reçoit un email de l’équipe chargée de la cérémonie dans les jours précédents. L’adresse que j’ai donné est celle de mon site: whereisbrian@mail.com, ils ont pensé que c’était Gmail à la place de mail.com. Sans nouvelles, je suis quand même parti depuis Nowon en direction du palais en mode à l’aveuglette. Une vingtaine de stations de métro et j’y serai. Sauf que deux stations plus tard, la rame semble se vider. Les portes se referment et le métro est vide, excepté ma petite personne: je me suis encore trompé de direction. C’est le terminus. Les employés du métro m’ignorent tous sauf une petite vieille s’occupant du ménage qui me conseille de patienter tranquillement assis. Après 10 minutes qui semblent durer une éternité, enfin la rame repars dans l’autre sens. Arrivé devant le palais, après avoir passé les premières caisses qui ne parlent pas plus anglais que cela, je trouve enfin une employée bilingue. Un coup de fil plus tard, me voici emmené dans les locaux des « artistes », pile dans les temps.

    La préparation

    Il y a deux traductrices qui feront également speakerines en coréen, chinois, japonais et anglais pendant la cérémonie. Jenny (je ne connais pas son prénom coréen) s’occupe de traduire en anglais pour moi et en japonais pour la touriste nippone qui jouera mon homologue durant la cérémonie. Très rapidement, je me retrouve bombardé de questions: êtes vous d’accord pour porter une fausse barbe? Pour rester quelques temps en plein soleil? Pour être pris en photos avec des touristes? Aye aye captain! J’ai signé pour ça! Je suis près à tout pour ce rôle. On commence par apprendre les mouvements à effectuer durant la cérémonie et manier le bâton de commandement comme il se doit. Tout va très vite. Ensuite, les autres membres de la troupe, baragouinant quelques mots de coréens m’aide à revêtir l’uniforme. Bien qu’il y a moins d’éléments que la version hiver, on a chaud là dessous. À part les petites bottes, tout semble avoir été conçu comme à l’époque. Par dessus une chemise et un pantalon, j’enfile une veste en soie, une magnifique ceinture, un petit bonnet, un bandeau en poil de cheval, des guêtres, un chapeau tendance et pour finir un baudrier avec arc, double carqupis chargé et un sabre. Une maquilleuse me colle une petite barbe avec moustache, la touche finale. Jenny me préviens, il vaut mieux éviter de rire avec cela car cela peut tomber. De sourire aussi… Et ne pas parler serais mieux. Sérieusement? Très bien, je ferais des petits hochements de têtes pour communiaquer. Puis il est temps de répéter une dernière fois les mouvements et procédures dans la cour. Je m’aperçois dans le reflet d’un building. Surtout ne pas rire, surtout ne pas rire.  

    En piste!

    La parade se met en place, on sera bien cinquante à défiler ou animer la cérémonie: soldats, officiers, musiciens, officiels, porte-drapeau, etc… Je suis jumelé avec un autre garde en tenue de commandant qui parle quelques mots d’anglais avec un accent coréen très prononcé. Réagir vite à ses instructions et suivre les petites marques vertes lorsque on sera sur place, telle est ma mission. La dame japonaise reçoit également quelqu’un pour l’aider. La fanfare se met en marche et c’est parti. 5 minutes plus tard, nous arrivons sur la place devant la porte du palais à garder. Les touristes se massent derrière les barrières. Les appareils photo et smartphones sont de sortie. Tout comme des grands sourires chez les petits comme chez les grands. Les gosses ont les yeux qui brillent. Je suis en train de penser « Tu ne peux pas merder, tu ne voudrais pas que ces mômes qui ont fait un paquet de kilomètres pour venir voir le spectacle soient déçus. Ces gens veulent du spectacle? On va leur en donner et ça va filer droit aujourd’hui dans la garde, croyez moi! ».

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    Vérification de la présence des clés du palais

    La cérémonie

    Pour la première partie, je jouerais le vice-commandant qui termine sa garde, suivie d’une petite pause avant d’inverser les rôles avec la touriste japonaise par la reprise de mes fonctions. Le tout dure une quarantaine de minutes. Après quelques saluts et pirouettes avec le bâton, les deux vice-commandants se retrouvent face à face, en face de deux officiels charger de superviser la cérémonie. Chacun des officiers vérifie la présence des clés du palais dans le coffre. Ensuite chacun tend son demi-médaillon en bois. Si tout correspond, c’est la preuve que le nouveau responsable de la garde de la porte du palais est fiable. Alors l’officier en charge peut donner le sceau royal à son homologue. Celui-ci doit le présenter dans trois directions différentes, symbole de sa nouvelle charge. L’ancien vice-commandant peut alors après quelques autres saluts, prendre congé et quitter la porte avec ses hommes.

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    Si chacun a bien la bonne moitié du sceau, pas de trahison en vue, je peux laisser la garde au nouveau vice-commandant

    Séance photos

    Une fois que la relève est effectuée, le nouveau chef de la garde va poser tranquillement devant la foule avec son collègue coréen. Pendant dix minutes, les touristes sont autorisés à se prendre en photo avec les figurants. C’est la ruée. Les enfants sont aux anges. Les parents aussi d’ailleurs. Une mère pousse la poussette de ses jumeax juste à côté de moi. Je ne desserre pas les dents: il faut savoir tenir son rang. Pour les plus intimidés, je fais des petits hochements de tête pour qu’ils puissent se rapprocher.

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    Savoir poser, voilà la vraie nature du métier

    Pendant la pause, alors que je patientais avec mes gardes derrière la grand porte, d’autres visiteurs en profite pour prendre des photos. Parmi eux, une famille de français qui me gratifie d’un « Thank you ». Je leur répond « Y a pas de quoi! ». Surprise et consternation se lisent sur leur visages. Je fais si coréen que cela?

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    Me & my crew

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    Présentation du sceau royal en or à la foule, a gauche, à mon tour d’être en charge

    Aujourd’hui les speakerines auront dit en quatre langues (coréen, chinois, japonais et anglais) que la garde du jour a été assurée par un français, prénommé Brian.

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    La « team » des officiers au complet

    Sur le retour, le commandant, mon nouveau pote coréen me gratifie de plusieurs « good job! ». A contrecoeur, je remet tout mon attirail et ma fausse barbe à l’équipe, que je remercie chaleureusement. Je suis tellement heureux! Cerise sur le gâteau, on m’offre un stylo. C’est toujours plus transportable qu’un sabre, après tout. Maintenant si vous décider de venir visiter la Corée, vous savez quoi faire!

    12 Responses to “Dans la peau d’un garde royal à Séoul

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