Le combat de coqs aux Philippines

Amis des petits bêtes à poils, plumes ou écailles, attention! Cet article peut vous choquer.

Le combat de coqs “Sabong”, l’une des activités favorites des Philippins

Les combats de coqs à Général Luna sur l’île de Siargao

Après plus de trois mois de voyage aux Philippines, j’ai découvert qu’il y avait non pas une mais trois religions dans ce pays. Le catholicisme, le basket-ball et le combat de coqs. Chaque village a au moins un terrain de basket. Quasiment tout le monde y joue ou y a joué. Quand aux combats de coqs “Sabong” en tagalog, ils ont lieu généralement tout les dimanches après-midi. Le matin la messe, les combats l’après-midi. On peut résumer ainsi les deux principales activités sociales dans un village philippin le dimanche.

combat de coqs

Avec Peter et Alina voyageurs échoués également à Siargao, nous nous rendons à l’arène du village de Général Luna. Facile à trouver, il suffit de se laisser guider par les cris des parieurs. Et c’est l’endroit ou tous les deux roues du village se trouvent. On ne peut pas se louper. Devant l’arène, les gens se retrouvent pour examiner les coqs et discuter des combats. Je paye quelques pesos le droit d’entrée et une fois tatoué sur le dos de la main, me voici dans la place. Panda, l’une des chiennes de Paglaom nous a suivi. Cela fait déjà deux semaines que je vis ici et quand leur maitre Cocoy n’est pas là, les chiens ont tendance à me suivre dès que je sors. Je répond aux Philippins curieux que c’est mon chien, tant qu’à faire. Apparemment cela ne dérange personne que Panda assiste aux combats. Très sage malgré les cris de la foule, elle dormira à coté des places que nous avons trouvé dans un coin de l’arène.

combat de coqs

Déroulement d’un combat de coqs: les paris

Un bookmaker nous approche. Il veut que nous parions. Je commence par observer les combats et lui pose des questions. L’ambiance est bruyante, chaotique et déchainée. La foule est essentiellement masculine. Sur un coté de l’arène se trouvent un grand tableau avec noté dessus à la craie les combats et le nom de leur participants: “Fat surfer” versus “Blondie”.
Avant chaque combat les deux coqs qui combattent sont amenés dans l’arène et montrés au public. Ça crie de tout les cotés, les parieurs se font des signes de mains et beuglent en dialecte local.
Tout cela semble confus incompréhensible vu de l’extérieur mais avec quelques explications, on y voit un peu plus clair. Cinq dois levés vers le haut avec le dos de la main visible: 500 pesos de pariés: sur l’outsider si les bookmakers sont entrain de crier “Biya! Biya! Biya!” ou sur le favori si on scande “Inilog! Inilog! Inilog!”
Il faut avoir l’habitude pour s’y retrouver dans cette cacophonie. Chaque pari est donc oral et/ou visuel et repose sur l’honneur et la confiance.
Si on parie sur Biya, l’outsider et qu’il gagne on double sa mise.
Si on parie sur Inilog, le favori et qu’il gagne, on double sa mise moins la part du bookmaker (ici c’est 20%, peut être parce que l’on est touriste).
Si on perd son pari, on perd tout l’argent misé.
Comment savoir sur lequel miser?

combat de coqs

Avant le combat

Pour se décider à parier les porteurs des coqs leur font faire ou subir différentes actions pour que l’on puisse avoir un aperçu de leur potentiel et qu’ils soient dans un état le plus agressif possible. Chaque animal est présenté au public. On le laisse gambader un peu voir comment il bouge quelques secondes. Certains coqs semblent perdus ou cherchent à retirer leur lame, toujours dans son fourreau.
En effet dans la nature, les coqs se battent souvent, utilisant leur bec, leur griffes et surtout l’ergot, une pointe située derrière leur pattes pour blesser, parfois gravement leur adversaire.
Pour que les combats soient plus impressionnants et rapides, on fixe une lame en acier de 8cm à l’arrière de leur patte gauche qui supplantera leur ergot naturel.
Les coqs sont mis face à face, toujours dans les bras de leur porteurs respectifs. Comme deux boxeurs ils se dévisagent avant le combat. En général, ils cherchent à s’attaquer aussitôt, tendant leur cou au maximum, leur crête s’hérissant en tentant de mettre un coup de bec. Les porteurs veillent à ce qu’ils ne puissent pas se toucher afin d’augmenter leur frustration.

combat de coqs

Sur le terrain se trouvent deux autres coqs. Chacun de ses coqs va être portés à distance du favori et de l’outsider. Le porteur d’un des coqs qui va se battre va mettre une main sur la tête de son coq, le retenant et masquant sa vue. Dans le même temps, l’autre coq va pouvoir le frapper à coup de bec au cou, sur la tête et à son derrière. Le coq ne sera pas beaucoup blessé mais suffisamment pour être en colère et perdre quelques plumes.
Après un nouveau face à face, c’est la fin des paris, le combat peut commencer.

combat de coqs

Le combat de coq: du sang et des plumes

Les deux coqs sont lâchés de part et et d’autre de l’arène à environ deux mètres l’un de l’autre. La lumière des lampes au dessus du terrain, le bruit de la foule, l’odeur des précédents combats, leur expérience (si ils ont déjà combattus), les produits qu’ont leur a donné et ce qu’ils viennent de subir ne laisse pas de place à l’improvisation: remplis d’agressivité, ils foncent sur leur adversaire. Parfois ils tournent autour quelques secondes avant de lancer ou repousser une attaque. Les coqs virevoltent. Certains arrivent à sauter presque d’un d’un mètre et voletant/tournoyant au dessus de leur ennemi, le taillade à coup de leur griffes et de leur lame. Coup de bec, de griffes. Mais c’est bien évidemment la lame qui fait le plus de dégâts. Les plumes volent au dessus du sables de l’arène, le sable rougit. Sous les hurlements de la foule. Le combat est sans merci.

combat de coqs

Par moment le combat s’arrête de lui même quand les deux coqs sont trop blessés et épuisés. On est pas loin du KO. Ils s’allongent face à face l’un de l’autre, cherchant à se reposer.
L’arbitre intervient dans ce cas. Il en prends un dans chaque main, les soulèvent et les remets en face à face. Si ils réagissent tous les deux en étirant leur cou et cherchant à donner un coup de bec à leur opposant, l’arbitre les reposent. Le combat peut reprendre.
Si l’un des coqs ne réagit pas, l’arbitre répète deux fois le face à face. Si le coq ne réagit plus ou est mort. son opposant est déclaré vainqueur.

Un seul vainqueur

Quand un coq perd en combat c’est qu’il est mort. Dans quelques rare cas, il est presque mort. Ce qui ne fait peu de différence, il sera achevé juste après être ramené en coulisse. Le vaincu est offert au propriétaire du vainqueur et finira dans une casserole ou sur un barbecue. Quand au vainqueur, il peut souffler pour aujourd’hui. Une fois remis en état, il participera à un combat la semaine ou le mois suivant. Aux Philippines les plus riches propriétaires de coqs font venir des espèces étrangères et possèdent des vétérinaires/entraineurs/chirurgiens qui s’occupent de leur champions. Ici o
Les meilleurs coqs qui réussissent à gagner six ou sept combats serviront comme reproducteurs pour lancer leur lignée de champions et jouir d’une paisible retraite. Très rarement, les deux coqs n’arrivent plus à se battre. Dans ce as il y a match nul et les paris sont annulés.
Après chaque combat, je suis impressionné par les paquets de billets roulés dans des élastiques lancés dans tous les sens. C’est ainsi qu’on paye son pari sans se déplacer. Certains dépensent des dizaines voir une centaine d’euros! Une somme très importante par ici.

combat de coqs

Certains combats peuvent se terminer en quelques secondes si l’un des coqs réussit un coup fatal d’entrée de jeu tandis que d’autres matchs peuvent durer quelques minutes. Le suspense est toujours présent car un retournement de situation est toujours possible. Il suffit que le coq qui semble perdre, alors qu’il mord la poussière, se relève et surprenne son adversaire d’un coup fatal pour inverser l’issue d’un combat.

combat de coqs

Il y a une grande part de hazard. Pour obtenir plus d’une chance sur deux de gagner, il faut de l’expérience. Et encore. Le reste est de la chance. De mon point de vue, cet évènement ressemble à une loterie ou les philippins viennent redistribuer entre voisins du village l’argent gagné de la semaine. A la grâce de Dieu.

Après avoir misé mentalement sur deux matchs et vu que j’aurais pu gagner, je parie sur l’outsider. Bien que plus petit, il semble plus malin. L’autre semble se demander quel est donc cet lame accrochée à ma patte. Il gagne. Match suivant. Je perd. J’essaie encore. Je gagne à nouveau. Je m’arrête là. Cela devient vraiment addictif quand on s’y met. Et je sens que si je continue, je vais y mettre des dizaines d’euros.
J’ai gagnés 200 pesos, un peu plus de 3 euros. De quoi me payer un bon diner ce soir ou un coup à des amis. Peter n’a rien gagné mais a récupéré l’argent qu’il avait perdu. Alina a eu moins de chance et a perdu quelques euros. Nous retrouvons Panda partie explorer les alentours de l’arène. Nous quittons les lieux. Panda se met à suivre une poule. Car dans la campagne philippine, les poules vivent en liberté tandis que les coqs quittent rarement leur perchoir. Ils se contentent de chanter à toute heure en direction d’autres coqs. Je m’étais toujours demandé pourquoi il y avait autant de coqs sur des perchoirs dans les jardins. Je sais pourquoi maintenant.

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Les combats de coqs dans le monde

Le combat de coqs est aussi vieux que la domestication du coq sauvage faite entre la Chine et l’Inde il y a bien longtemps. L’espèce est à la base de toutes les espèces de poules actuelles. Beaucoup de pays ont interdit cette pratique. Seulement 26 pays l’autorisent, dont la France. Et ce uniquement dans les endroits ou cela était une tradition comme … le Nord Pas de Calais ou la Réunion. En tout cas aux Philippines, c’est certainement l’évènement le plus culturel auquel j’ai assisté.

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